Tout cela rendait l’idée d’écrire ses mémoires assez intimidante, j’avais presque trop de matière ! Le livre lui-même est né un peu par hasard. Zandra et moi nous sommes rencontrées alors que j’avais une vingtaine d’années, et dans mon tout premier poste chez British Vogue. Mon éditrice m’avait envoyée l’interviewer sur scène, lors d’un événement public, et malgré l’appréhension que j’avais à l’idée de rencontrer celle que j’imaginais être une diva de la mode intraitable, Zandra s’est révélée incroyablement accessible et généreuse, faisant rire la salle avec des anecdotes, notamment celle où l’actrice Lauren Bacall s’était mise à hurler de douleur dans son studio après avoir marché sur une épingle. Après cela, elle m’a invitée à dîner dans son penthouse, où j’étais assise à côté de la chanteuse Lulu et de l’Andrew Logan, dégustant son fameux saumon. C’était une entrée parfaite dans son univers vibrant, saturé de couleurs à la fois stimulant et d’une créativité inépuisable. Depuis, nous sommes restées amies.
L’idée du livre est née à la suite d’un entretien que j’ai réalisé avec elle à l’approche de ses 80 ans, au cours duquel elle a partagé de nouveaux récits de sa vie foisonnante. Je lui ai alors suggéré de les mettre par écrit, pour en garder une trace et c’est ainsi que le projet d'autobiographie a vu le jour. Un an plus tard, j’ai quitté mon poste chez Harper’s Bazaar pour me lancer en freelance et m’y consacrer pleinement.
Se définissant elle-même comme une collectionneuse compulsive, Zandra vit entourée d’objets et de curiosités accumulés tout au long de ses 85 ans. Nous nous en sommes servis comme points de départ pour évoquer des moments clés de sa vie : une boîte en bois offerte par un ami cher aujourd’hui disparu, pour revenir sur ses premières années à New York dans les années 70 ; un éventail en papier, souvenir de l’un de ses défilés les plus marquants ; ou encore un exemplaire de Vogue, qui lui a rappelé sa première rencontre décisive avec Diana Vreeland, celle qui deviendrait sa marraine dans la mode. Nous avons compris que cette manière de se souvenir constituait un cadre idéal pour le livre, nous permettant à la fois d’explorer en profondeur certains chapitres de sa vie et d’aborder des anecdotes plus légères avec rythme et concision.